Fondée dans l’enthousiasme le 13 mai 1928 à
Bulle, l’Association gruérienne pour le costume et les coutumes (AGCC)
n’a connu que cinq présidents :
Les 45 premières années de l’AGCC, vues
par Henri Gremaud
« Si la constitution officielle de l’AGCC date de 1928, c’est
le 20 juillet 1926 qu’eut lieu, au Musée gruérien, la première
réunion groupant, sous la direction de l’historien Henri Naef,
conservateur du musée, les délégués de la Société des Armaillis de
la Gruyère et le comité du chœur de dames la « Caecilia » de
Bulle.
« Dans une atmosphère de confiance et
d’enthousiasme »
Ce sont les termes mêmes du premier procès-verbal. On parla de
l’opportunité et même de la nécessité de susciter un mouvement qui
groupât les sociétés portant en Gruyère le costume ancestral.
Car il y avait beau temps que divers
groupements témoignaient de leur fidélité au vêtement
traditionnel. La Société de Musique « Les Armaillis » d’Echarlens
portait le bredzon de l’armailli dès sa fondation, en 1880.
Cependant que Placide Currat, l’inoubliable ténor gruérien, le
chanteur du Ranz des vaches, commençait une carrière mémorable, se
créait à Bulle, l’an 1883, une Société des Coraules. Une ample
délégation gruérienne en costume s’affirmait, en 1896, à
l’Exposition nationale de Zurich, et, deux ans plus tard, lorsque
fut inauguré, à Zurich encore, le Musée national, le contingent
gruérien en costumes fut très remarqué.
En 1902, les fanfares de Charmey et de
Montbovon adoptaient pour uniforme le costume de l’armailli. Le
désir de rester reliés aux anciens demeurait enraciné. D’autant
que s’affirmait la personnalité de l’Abbé Joseph Bovet, cet apôtre
et rénovateur. Le groupe choral fribourgeois commençait, en 1918,
sa conquête. En 1919 se fondait dans la cité comtale le « Groupe
de costumes et Groupe choral de la ville de Gruyères ». L’élan
donné ne ralentissait point : en 1920 se créait la Société des
armaillis de la Gruyère.
Il fallait lier en faisceau un mouvement qui
s’affirmait dans toute l’Helvétie. En 1925 naissait la Fédération
suisse du Costume et notre compatriote, M. Edouard Helfer, de
Lausanne, fut de ceux qui en furent le moteur. Cependant, à
Châtel-St-Denis, M. l’Abbé Bernard Kolly, le « curé des armaillis
», levait la cohorte de la « Caecilia » et celle des bouèbos, le
Patronage St Louis. Cette année même – 1925 – la « Caecilia » de
Bulle, les Armaillis de la Gruyère, les « Gruériennes » de la cité
comtale, participaient à Berne, à la première Saffa.
L’AGCC sur les fonts baptismaux
Ainsi les conditions étaient-elles réunies pour susciter, au
pays de Gruyère, une association du Costume. Deux ans d’approche –
1926 et 1927 – permirent de définir les structures du mouvement.
La Gruyère et la Veveyse s’épaulaient. Le 13 mai 1928,
l’Association gruérienne pour le costume et les coutumes (AGCC) se
constituait à Bulle.
L’Abbé Bovet était nommé directeur musical ;
Rose Jans et Fernand Ruffieux devenaient secrétaires ; Raymond
Peyraud assumait la charge de trésorier. À l’Abbé Bernard Kolly
était attribuée la vice-présidence. Henri Naef acceptait le titre
de banneret. À la présidence était élu Cyprien Ruffieux, le
savoureux patoisant Tobi-di-j’èlyudzo.
Les statuts de la nouvelle association
étaient adoptés. L’article premier était ainsi conçu :
L’AGCC a pour but :
-
de réveiller et de maintenir, dans un
sentiment patriotique, le goût des traditions, des vieilles
coutumes et du langage qui ont fait le charme et l’originalité
de notre pays ;
-
de cultiver et d’étendre les relations qui
sont naturelles à un petit peuple de même race et de même langue
pour manifester son attachement à la patrie ;
-
en particulier de favoriser la renaissance
ou le maintien du costume national et de l’honorer par tous les
moyens et en toutes circonstances.
Cinq années d’existence
Le mouvement essaima rapidement. Les groupes
s’annonçaient, nombreux. En 1930, l’AGCC s’associe aux fastes de
la Fête cantonale des Musiques de Bulle, au cortège et à la
création du festival « Grevîre », de l’Abbé Bovet. En 1931, 350
Gruériens s’en vont à Genève, pour participer aux fastes de la
Fête nationale des costumes. Charmey reçoit, en 1932, les adeptes
de l’AGCC, et le premier concours de patois y est lancé, dont les
résultats sont publiés, l’an d’après, lors de la fête de Gruyères.
Mais le premier noyau s’est étendu. De tous
les districts, les demandes d’affiliation affluent. L’AGCC ajoute
à son signe : « … et groupements affiliés du canton ».
En pleine vie
Dès lors, l’action se poursuit, au rythme des
célébrations gruériennes, cantonales et suisses. 1934 voit la Fête
nationale de Montreux. En 1935 se crée le festival « Chante
Grandvillard », de Joseph Bovet et Jo Baeriswyl. En la
circonstance, l’AGCC tient son assemblée devant la Maison du
Banneret. Aux Paccots sur Châtel-St-Denis est proclamé le 2e
concours de patois, en 1936, lors d’une belle fête des costumes.
La présidence du mouvement échoit à Raymond
Peyraud. Une autre réunion : Estavayer-le-Lac, en 1937. Le 10e
anniversaire du mouvement est célébré à Bulle, en 1938. Sort de
presse le « Botyè d’la Grevîre », qui renferme les meilleurs
travaux des concours où la langue paysanne, passés les affronts
qu’elle dut subir, se trouve honorée.
Viennent les journées à la fois exaltantes et
lourdes, de 1939. L’AGCC participe à l’inoubliable cortège qui
marque la Fête nationale des costumes de Zurich, lors de
l’Exposition nationale.
Sous la présidence de Pierre de Zurich se
fonde la Fédération fribourgeoise du Costume. Désormais les
districts ont leur organisation faîtière. Mais l’AGCC conserve sa
vie propre, fière d’avoir donné, au canton, les éléments d’une
fédération.
La mutation a produit des remous ; ils
s’apaiseront, au fil des ans. En 1942, la Gruyère « montera » à
Fribourg, pour la Fête nationale des costumes, où sera présenté «
L’aube », jeu de circonstance sur un texte d’Henri Naef.
L’après-guerre témoigne d’un sursaut. En
1946, à Bulle, la Fête cantonale des costumes voit la création,
par le Chœur-Mixte, de la « Pastorale gruérienne », de Fernand
Ruffieux et Carlo Boller L’an d’après, dans le cadre du Tir
cantonal, est présenté le festival « Pauvre Jacques », des mêmes
auteurs.
Les premières fêtes de la « Poya »
Suit une période de stagnation. En 1951, aux
instances de l’Abbé Bernard Kolly, l’Association gruérienne se
reconstitue. La présidence échoit à Henri Gremaud,
conservateur-adjoint du Musée gruérien. Le directeur musical est
André Corboz, professeur. Le mouvement est fortement représenté à
la Fête nationale de Lucerne, marquant le Jubilé fédéral des
costumes.
Le 25e anniversaire de l’AGCC est célébré à
Bulle, en 1953. Les circonstances amènent, au Musée gruérien,
l’inauguration de la Chambre du souvenir, dédiée à l’Abbé Bovet,
le barde qui décéda le 10 février 1951. Le « Jardin des souvenirs
» y est présenté à la mémoire de Joseph Bovet, Carlo Boller et
Georges Aeby, compositeurs décédés. Un grand cortège parcourt la
cité bulloise.
L’an 1956 voit, à Estavannens, la première
Fête de la « Poya » (réd. imaginée et concrétisée par Henri
Gremaud et André Corboz). Elle soulève les enthousiasmes, et qui
suscitera des rééditions, étonnantes par la qualité d’émotion et
l’afflux des spectateurs, en 1960 et 1966.
Les célébrations se suivent, marquant
l’emprise du mouvement. En 1956, c’est encore l’organisation, par
l’AGCC, de la première Fête des patois romands, à Bulle. Et, en
1957, en des journées empreintes d’une exceptionnelle ferveur,
c’est l’inauguration, au chef-lieu gruérien, du monument élevé à
la mémoire de l’Abbé Bovet, et à laquelle l’AGCC prend une part
prépondérante. Un immense cortège (on n’en reverra sans doute plus
de pareil) constitue l’hommage des communes au barde gruérien.
Il n’est guère de célébrations, au pays de
Gruyère, où l’AGCC n’ait apporté sa présence. La Fête cantonale de
chant, en 1963, voit la création à Bulle, du festival « Terre de
Gruyère » (réd. texte Henri Gremaud et musique Pierre Kaelin) et,
du même coup, une Fête cantonale des costumes assortie d’un grand
cortège.
L’année 1964, celle de l’Exposition
nationale, sollicite particulièrement l’AGCC. Soit pour la journée
fribourgeoise, soit à l’occasion de la Fête nationale des
costumes, l’AGCC marque la présence de la Gruyère. Le mouvement du
costume s’associe aux Musiques fribourgeoises, en 1965, pour
mettre sur pied deux grands cortèges, dont l’un – innovation au
pays romand – en nocturne.
En 1968, à l’occasion d’un jumelage avec le
Tir cantonal, l’AGCC fête son 40e anniversaire. Deux grands
cortèges marquent ces festivités, avec la participation de
plusieurs groupes étrangers. L’entreprise vaut plus de succès
(ralliement de la fanfare « L’Appel du Manoir », de Gruyères, et
de la fanfare d’Avry-devant-Pont), que d’argent ! En 1970, la
société des armaillis de la Gruyère fête son cinquantenaire. En
1972, c’est au tour des Coraules bulloises de célébrer leur 25e
anniversaire en organisant un 1er festival folklorique
international.
Mais la mort a frappé. Si Joseph Bovet, si
l’Abbé Bernard Kolly, si Carlo Boller, si le vénéré
Tobi-di-j’èlyudzo, si Henri Naef, si André Corboz nous ont
quittés, nous devons reconstruire.
…Il nous reste à consolider le chalet, à
reconstituer nos cadres, dans l’esprit qui conduisit les
fondateurs. À cette tâche, promesse pour l’avenir, l’AGCC doit
maintenant vouer un élan nouveau, avec des forces où la jeunesse
s’alliera aux anciens. Henri Gremaud, 24.1.1973
L’AGCC, de 1973 à 2003
Trois décennies fécondes
Dès 1974, Jean-Jacques Glasson a instauré les
assemblées générales tournantes. Elles sont lieu désormais non
plus seulement à Bulle, mais dans les villages où les sociétés de
l’AGCC sont actives, ce qui donne lieu chaque fois à des
prestations de la société hôte, fort appréciées par les délégués.
Jean-Jacques Glasson a aussi introduit le
prêt de costume, de façon à favoriser le port du costume du pays
par les enfants à l’occasion du Premier Mai. Depuis, le nombre de
costumes d’enfants à disposition s’est considérablement agrandi et
le prêt fonctionne à l’année, embellissant de très nombreuses
fêtes.
Pour le reste, voici les grandes dates de l’AGCC
-
Les célébrations
de la « Poya » à Estavannens (1976, 1989 et 2000, ces deux
dernières sur deux jours)
-
1977, 20e
anniversaire du monument Bovet et reprise de « Grevire »
-
1978, 50e
anniversaire de l’AGCC, publication d’une plaquette, reprise de
« La pastorale gruérienne », cortège
-
1981, 500e
anniversaire de l’entrée de Fribourg dans la Confédération
-
1988, 60e
anniversaire de l’AGCC, « chanterie » sur le pâturage, à La
Roche
-
2002,
instauration des « Ateliers découvertes » pour favoriser les
échanges en matière de musiques traditionnelles.
L’AGCC affiche maintenant trois quarts de
siècle, ce qui ne l’empêche pas de grandir constamment pour
atteindre une quarantaine de sociétés membres. Ces dernières
témoignent d’une vitalité marquée par des prestations parfois
extrêmement ambitieuses : festival international de folklore,
festival avec création de texte et musique, Grande Coraule,
cortèges prestigieux, Fête des vignerons, Rencontres théâtrales,
acquisition et animation d’un lieu théâtral. Les voyages au bout
du monde se multiplient. Et c’est sans compter les concerts et les
concours, parfois internationaux. Nos sociétés y recueillent des
lauriers qui font la fierté du pays.
NB.- Le site Internet de l’AGCC évoluera de
façon à faire mieux connaître le riche apport de ses sociétés au
patrimoine de la Gruyère.